20120303

Master Marathon Queen-Flash Gordon (original soundtrack music by Queen) 1980

 
   Il arrive un moment dans la vie d'un homme où il est temps de faire face à son destin sans flancher. Oh, il est facile de se détourner de sa voie, de se laisser persuader que le moment opportun va venir, il est tout près, mais pas encore là, il est tentant de se trouver des excuses, de proposer de multiples prétextes évasifs. Pourtant, ici, nous allons prendre notre courage à deux mains, se moquer du danger et se lancer dans l'une des tâches les plus périlleuses que l'on ait à affronter dans notre courte existence : la rédaction d'un article sur Flash Gordon de Queen.


    
   Flash Gordon, l'album paraît fin 1980, au moment de la sortie du film du même nom. Les années 80 voient la science fiction remporter un succès immense au cinéma. Elle emprunte des formes différentes, de l'aventure avec Star Wars (1977-1983), de l'anticipation noire dans Blade Runner (1982), de l'action mêlée de paradoxes temporels dans Terminator (1984), de l'humour mêlé aussi de paradoxes temporels dans Back to the Future (1985-1990), ou encore de l'horreur dans l'espace où on ne vous entendra pas crier dans Alien et ses suites (1979). Chacun de ces films apporte une nouvelle dimension au genre, apportant sa touche personnelle empruntée à un ou plusieurs autres styles. Flash Gordon, de Mike Hodges est quant à lui issu du genre space-opera, auquel le réalisateur et son équipe apporteront une dimension kitsch rarement égalée. Il faut garder à l'esprit que lorsque le film est sorti, Rencontres du Troisème Type, Star Wars ou Alien avaient déjà eu leur influence sur la façon de concevoir une oeuvre de science-fiction, Flash Gordon balaie toutes ces conceptions. Il les regarde avec mépris, les piétine, crache dessus, nie jusqu'à leur existence avant de planter fièrement son étendard jaune dans le corps meurtri de ses adversaires. Hum. Dans l'idée, le film est l'adaptation sur grand écran des aventures d'un héros de comics du même nom, datant des années 30 et ayant connu un grand succès populaire. Flash combat l'empereur Ming au travers de nombreux épisodes aux rencontres multiples et originales dans de lointaines galaxies. L'oeuvre de 1980 dépeint donc ces aventures, avec un esthétisme douteux, fait de fonds bleus mal employés, de costumes qui semblent fabriqués à partir de décorations de Noël et d'effets spéciaux vraiment spéciaux. L'acteur principal, Sam J. Jones promène sa coiffure blonde peroxydée et sa musculature mise en valeur par des tenues moulantes rouges et or dans des décors en carton pâte aux côtés d'hommes volants (avec des câbles), de princesses aguicheuses (Ornella Muti) et se bat comme un vrai quaterback. Tout ici respire le kitsch comme jamais, et un certain côté crypto-gay (pas trop crypto) comme on n'en verra plus avant le Batman et Robin de Schumacher. Bon, et Queen dans tout ça ?




   Et bien Queen a eu l'insigne honneur de se voir confier la tâche monumentale de créer la bande originale de ce film !  Le groupe vient de publier The Game au succès retentissant et il se voit donc courtisé par la production du film pour en réaliser la musique. Selon le groupe lors des interviews, ils réaliseront l'album assez rapidement, en composant la musique à mesure qu'ils regardaient le film, calquant les morceaux sur l'action en cours, soulignant les débardeurs très près du corps par leurs plages de synthétiseur dont ils useront copieusement tout au long de l'album.
   Il y a de quoi dérouter bon nombre de fans, surtout ceux de la première heure. Ici, le synthétiseur est mis en avant comme jamais, les titres chantés ne sont qu'au nombre de 3 sur 18 (et encore, le troisième est une reprise du premier en guise de conclusion) et surtout, tout cela n'a rien de commun avec un album de Queen.
  Le morceau d'ouverture, Flash's Theme, obtiendra un certain succès néanmoins, malgré ses paroles limités, il laisse libre cours à Freddie Mercury pour d'impressionnantes vocalises. Il atteint des notes aigües comme il ne le fera quasiment jamais plus et son débit est d'une rapidité et d'une précision sans faille. La pulsation rythmique implacable qui sous-tend le titre le rend mine de rien très accrocheur. Le morceau est cependant, dans sa version album, encombré de savoureux extraits de dialogues.
 A travers les différents morceaux, plutôt courts, qui composent la bande son, on sera bercés avec joie par des nappes interminables de synthétiseurs, de bruits de pistolets laser (ptiouuu !) et de bruitages du film. Le groupe s'attèle parfaitement à sa tâche de coller un maximum au film, on ne peut pas lui retirer ça. Seulement est-ce vraiment un album écoutable en soi ?
   In the Space Capsule (The Love Theme) est un peu plus subtil qu'il n'y paraît, on y ressent malgré tout l'enrobage synthétique une réelle volonté de bien faire. Brian May semble avoir réussi à imposer sa patte sur ce morceau de Roger Taylor et peut-être que dans un autre contexte il auait pu en sortir quelque chose de très beau. Le suivant, Ming's Theme (in the Court of Ming the Merciless) a quelque chose de kitsch et en même temps menaçant qui une fois encore colle tout à fait au thème imposé par le film.
  Le morceau Football Fight est assez entrainant, il se calque sur le risible combat du héros armé d'un gros oeuf de pâques qui lui sert de ballon contre les gardes à dorures de l'Empereur Ming. Si les synthétiseurs sont bien là, il y a tout de même une energie rock dans ce morceau qui garde pourtant des allures des générique télé de l'époque.


   La suite reprend les ambiances du début de l'album, poursuivant jusqu'à The Kiss (Aura Resurrects Flash) où Freddie Mercury nous flatte de ses vocalises, sans paroles, nous rappelant qu'il est encore là et qu'il reste un brillant interprête. Encore une fois il est intéressant de se demander si dans un autre contexte, le morceau n'aurait pas pu trouver une place de meilleur choix.
   Les morceaux s'enchaînent dans leur déluge d'effets spéciaux, Arboria (Planet of the Tree Men) de John Deacon se développe autour d'un thème au son flûté évoquant le mystère de la planète en question (où des hommes au sang vert et porteurs de MOUSTACHES ont une notion inflexible de l'honneur et mettent leur bras dans des grosses plantes carnivores mal faites). Flash to the Rescue reprend la pulsation du thème du héros après les ambiances menaçantes de Escape from the Swamp (par menaçant on entendra que les notes du synthétiseur y sont plus grâves).
  Arrivent enfin Vultan's Theme (Attack of the Hawk Men) et Battle Theme, aux ambitions plus épiques qui marquent certaines des scènes les plus risible du film avec une plétore de fonds bleus et de transparences mal gérées ! Rappelant un peu Football Fight par le côté énergique de ses morceaux, les deux thèmes s'enchaînent dans un feu d'artifice synthétique difficile à prendre au sérieux.
   The Wedding March reprend le morceau bien connu de Wagner à la sauce Brian May. Et cela fonctionne plutôt bien, nous rappelant les grandes heures de A Night at the Opera avec sa conclusion par un God Saves the Queen à la guitare electrique. C'est une assez bonne surprise à ce moment de l'album et une touche d'humour bienvenue ainsi que d'un retour comme une bouffée d'air pur de cet instrument plus proche des racines du groupe.
  A partir de là tout va très vite, il ne reste plus qu'à peine plus de 4 minutes avant la conclusion de l'album. Là, s'enchaînent thème du héros, bruitages d'explosions pas très convaincantes, pistolets lasers à n'en plus pouvoir (piouu, piiiouu !), montées épiques pas trop épiques non plus à travers Marriage of Dale and Ming (and Flash approaching), Crash Dive on Mingo City et Flash's Theme Reprise (Victory celebrations).
 L'album se conclut par l'autre chanson donc, The Hero, et c'est avec bonheur que nous retrouvons un peu de ce qui a fait le succès du groupe jusqu'à présent. La guitare est bel et bien là, Freddie Mercury paraît très motivé (d'en finir avec cette aventure spatiale ?) et tout cela constitue un morceau qui n'a rien de très mémorable mais qui n'en reste pas désagréable. Il constituera la face B du single Flash's Theme et sera même repris sur scène par le groupe lors des tournées avec une certaine efficacité.




  Que conclure de l'écoute de cet album de Queen qui n'en est pas vraiment un ? Peut-être ceci justement. Si l'on aborde Flash Gordon comme un album du groupe alors il n'y a pas grand chose à en garder. Deux morceaux chantés plutôt efficaces, quelques touches sympathiques éparpillées dans un magma synthétique mal maîtrisé... Cependant, si l'on regarde l'album comme un exercice de style, le premier essai d'un groupe à la composition d'une bande son, et bien le résultat n'est pas si négatif que ça. En tant que musique "fonctionnelle", devant souligner l'action d'un film (et quelle action !) alors il remplit parfaitement son contrat. Il aura fallu pas mal de courage au groupe pour composer des morceaux devant s'inclure à un tel monument du kitsch, et si le but est effectivement de rendre une version sonore de l'ambiance du film, alors c'est tout à fait réussi. Par ailleurs, certains éléments de l'album sont d'une étonnante subtilité, le chant de Mercury dans The Kiss ou la guitare de May dans In The Space Capsule n'auraient sans doute pas trouvé leur place sur des albums du groupe et leur ont permis d'exprimer des aspects plutôt rares de leur créativité. Disons que dans le meilleur des cas il aura s'agit pour le groupe de nous dévoiler certains aspects inexplorés de son univers, dans le pire, il s'agit d'une sorte de longue musique d'ambiance donnant l'impression que Queen s'est amusé à s'enregistrer pendant qu'il testait tous les effets de son nouveau synthétiseur.
  Le succès ne sera pas vraiment au rendez-vous, ni pour le film, ni pour le groupe, Queen sera déçu de cette expérience tout autant que leur fans qui exprimeront régulièrement leur rejet de cet album. L'expérience du groupe avec le cinéma ne s'arrêtera pas ici pour autant, quelques années les séparent de leur prochaine incursion dans ce monde à travers le film Highlander. Le succès attendra donc quelques années, d'autant que le groupe livrera prochainement un autre album très controversé, Hot Space.

20120212

Master Marathon Queen-The Game 1980



   Nous y sommes, 1980, Queen a marqué la deuxième moitié des années 70 par son style flamboyant et c'est tout de cuir bardé que le groupe aborde cette nouvelle décénie.


                                                                                    The Game.


  The Game est le huitième album de Queen, il marquera une nette rupture déjà un peu amorcée avec News of the World, dans l'horizon musical du groupe. D'abord, il marque le début de l'usage du synthétiseur, chose improbable aux débuts de leur aventure, l'absence de l'instrument était même clairement proclamée dans les notes des albums ! Ici il s'étale sans vergogne, dans tous ses effets plus ou moins bienvenus, nous le verrons. Ensuite, second fait d'une importance majeure et là il suffit de feuilleter le livret de la version CD pour s'en rendre compte, ce dés la première page : là, posant comme si de rien n'était, accoudé à une balustrade de balcon, Freddie Mercury arbore fièrement UNE MOUSTACHE ! La rupture est consommée, il y aura, pour ces deux raisons (dans des mesures différentes certes mais tout de même) un avant et un après The Game.


  Play the Game est l'introduction logique à cet album. Le morceau nous accueille avec une boucle suraigüe de synthétiseur s'enchaînant sur une introduction plus conventionnelle au piano. Non mais que se passe-t-il dans cet album ? L'introduction brutale du synthétiseur dans la musique de Queen a de quoi dérouter. On aurait pu y aller par petites touches pour nous acclimater, mais non, dés les premières secondes du premier morceau, c'est un déluge synthétique qui se répand sans vergogne dans nos oreilles. Peut-être que tout cela n'est qu'une subtile manoeuvre de diversion dont le but est de nous faire oublier la MOUSTACHE, toutes les théories se valent. En tout cas ça n'a guère fonctionné car, si jadis les fans de Queen lançaient des fleurs au chanteur durant les concerts, à partir de là ce seront des rasoirs qu'ils lui enverront, témoignage désespéré du rejet violent de cette nouvelle pilosité faciale explicite. Bien, qu'en est-il de la chanson ? A vrai dire il s'agit d'une ballade de Freddie Mercury, tout à fait classique finalement, qui traite de l'extrême complexité des rapports amoureux et de la part de jeu qu'ils comportent. Le synthétiseur ne fait finalement qu'ajouter une dimension un peu étrange au morceau ainsi qu'une certaine froideur, bon, il n'est pas tout à fait nécessaire avouons-le mais il a quelque chose de ludique (facile) qui colle au thème. On dirait un peu que le groupe s'est trouvé un  nouveau jouet pour être honnête.
  Dragon Attack est un morceau de Brian May dominé cependant par la basse de John Deacon qui nous fait ici une belle démonstration de son talent. Le morceau est assez dépouillé, le chant de Freddie Mercury, presque a-capella alterne avec la mélodie principale lors des couplets où la basse prend son ampleur. John Deacon nous gratifie même d'un solo de basse très réussi, un brin funky, vers la fin de la chanson. Cette chanson aurait sa place sur l'album Hot Space à venir pour son côté dansant qu'on n'avait encore jamais trop entendu chez Queen. Enfin en parlant de ça...
   Another One Bites the Dust est le morceau qui synthétise le mieux ce nouvel aspect du groupe. John Deacon signe ici, ni plus ni moins, qu'un des morceaux les plus réussis de Queen et presque tout seul. Le bassiste, discret, refusant de chanter la moindre note, recycle une ligne de basse de Chic pour la rendre autrement plus menaçante, joue de tous les instruments pour la peine, s'adjoignant les services tout de même de Brian May pour le solo riche en effets spéciaux et de Roger Taylor pour le petit solo de batterie, pour pondre ici le plus grand succès commercial du groupe ! Le morceau sera classé numéro 1 dans diverses catégories (y compris la catégorie black music aux USA (!)). Freddie Mercury n'est pas en reste pour autant, il remplit ici son rôle à merveille, menaçant, arrogant et très motivé. La basse est absolument implacable, la rythmique imparable, presque martiale mais irrésistiblement dansante. La guitare rythmique, de John Deacon donc, est funky à souhait, s'autorisant quelques fioritures au milieu de cette mécanique bien huilée (comme Freddie Mercury dans certains clips). La partie de guitare aux multiples effets de Brian May n'est pas aussi envahissante sur ce morceau que dans Get Down Make Love par exemple et apporte une dimension étrange mais bienvenue à la chanson par ailleurs très carrée et qui ne comporte curieusement pas de synthétiseur. La structure de ce morceau est un modèle du genre, rien n'est en trop et rien ne pourrait être retiré sans rendre l'édifice bancal. Quelque part John Deacon offre ici à Queen son morceau le plus formellement abouti, et sans doute le plus efficace. S'il emprunte bel et bien au groupe funk Chic, sa rythmique sera par la suite revampée avec respect par The Clash dans le morceau Radio Clash. La légende dit que c'est Michael Jackson qui aurait par ailleurs conseillé au groupe d'utiliser la chanson comme single. Le choix est judicieux, il faut le reconnaître, et il est assez impressionnant de se dire que c'est bel et bien le même groupe qui a publié quelques années plus tôt Bohemian Rhapsody avec lequel il ne semble avoir aucun lien de parenté. Ces deux morceaux sont pourtant le meilleur moyen de se représenter l'éclectisme du groupe ainsi que sa faculté à produire des morceaux universels dans deux styles apparemment radicalement opposés. Another One Bites the Dust est un jalon aussi important que la Rhapsody dans l'univers du groupe, une réussite tout aussi significative et un morceau incontournable dans l'histoire du rock, ni plus ni moins. John Deacon aurait pu nous prévenir avant de nous lâcher face à cette création. (A noter également que lorsque le refrain de la chanson est joué à l'envers sur une platine, aucun message caché n'apparaît, ce serait idiot et personne n'a attendu la publication de ce single pour fumer de la marijuana.)



   Need Your Loving Tonight est un autre morceau de John Deacon. Cette fois encore ce sera un single, cependant il n'aura pas un succès à l'ampleur comparable au morceau précédent. Il s'agit d'un morceau pop rock plutôt classique, agrémenté de guitares bien senties. Le ton est assez enjoué et c'est sans doute la chanson la plus légère de l'album.
   Crazy Little Thing Called Love arrive alors comme une excellente surprise. C'est une chanson que Freddie Mercury aurait écrite dans son bain. Prendre un bain semble donc être un excellent moyen de renouveler sa créativité puisque de tous les genres effleurés par Queen, le rockabilly a étrangement été ignoré. Le mal est réparé avec cette chanson qui n'est rien de moins qu'un rock'n'roll tout à fait classique, executé avec un plaisir non dissimulé par le groupe. Le morceau est donc l'oeuvre du chanteur qui signe aussi les parties de guitare rythmique accoustique ce qui est une grande première. Lors des concerts ils ironisera souvent sur le fait qu'il soit un piètre guitariste avant d'attaquer les premiers accords du morceau. Freddie Mercury signe ici un hommage à Elvis, une de ses idoles, tout en offrant au groupe un succès retentissant tout autant qu'inatendu avec cette chanson bien loin des influences habituelles du groupe. Les choeurs, ici de nouveau présents, prennent une forme étrangement désincarnée et presque fantômatique.
   Rock It (prime jive) semble de par son titre emboîter le pas de la chanson précédente (rien à voir avec le morceau de Herbie Hancok pourtant pas avare en synthé ), et effectivement ses premières notes avec une guitare retro le laissent penser. Pourtant, le morceau de Roger Taylor n'a rien du rock'n'roll des origines qu'il prétend être. Alors que Freddie Mercury entonne l'intro, c'est le batteur qui se charge du reste dans un morceau assez lourdingue, aggrémenté de synthétiseur très très années 80. Alors certes, le message est qu'on peut injecter du bon vieux rock'n'roll dans un morceau moderne, mais le résultat n'est pas vraiment un bon exemple pour soutenir cet argument. Les éléments synthétiques sont on ne peut plus kitsch et difficiles à prendre au sérieux aujourd'hui tout comme le chant de Roger Taylor qui n'est pas ici des plus inspirés. Le tout ne manque pas d'énergie ni de conviction, juste que cela tombe un peu à côté.
  Don't Try Suicide nous ramène à des sonorités plus traditionnelles, presque jazzy avec une basse proéminente et des claquements de mains marqués qui font un peu penser à une tentative d'intimidation tirée de West Side Story. La chanson de Freddie Mercury est une invective bourrée d'humour noir dans le but d'empêcher un geste inconsidéré de son interlocuteur. Les arguments exposés ne sont pas ceux qu'on emploierait devant une telle situation ce qui procure un charme décalé à la chanson qui, si elle ne restera pas comme une des compositions majeures du groupe, reste un excellent morceau.
  Sail Away Sweet Sister est un morceau assez typique de Brian May lorsqu'il est en mode sentimental. Il s'adresse dans cette ballade à la soeur qu'il n'a jamais eu (comme mentionné dans les notes du livret). C'est un morceau assez mélancolique, façon amour eternel mais incompris, soutenu par le piano de Mercury et une guitare accoustique raffinée et virtuose. La chanson s'adresse à une soeur fugueuse, à qui Brian May assure son amour inconditionnel. A moins que. A moins qu'il n'y ait un autre sens. Si on prend pour acquis le fait que le guitariste n'ait pas de soeur peut-on se demander si la chanson ne s'adresserait pas à quelqu'un d'autre ? Les paroles évoquent des choix difficiles et irrémediables mais acceptés sans conditions par le guitariste. Et si la chanson ne s'adressait pas à une fille du tout ? Et si en fait elle enjoignait juste quelqu'un d'autre à braver les forces hostiles et assumer sa nouvelle vie ? Est-il tout à fait idiot de penser que le guitariste parlerait ici du coming-out de son chanteur ? Freddie Mercury vient tout juste de se laisser pousser la moustache  (nous l'avons vu il me semble) et c'est à cette période qu'il se met à fréquenter les milieux gays avec asssiduité. Est-ce que Brian May n'évoquerait pas à mots voilés cette situation, déclarant son total soutien à Freddie Mercury ? Ce n'est pas tout à fait impossible. Relire les paroles dans cette optique est assez troublant.
   Coming Soon est une nouvelle chanson de Roger Taylor, décidément assez envahissant. Le morceau est assez proche de Rock It de par son synthétiseur omniprésent, de sa rythmique lourde, et de son côté tout à fait kitsch. Le chant est assuré par Freddy Mercury ce qui sauve un peu la donne ce coup ci.
   Save Me renoue un peu avec la tradition du groupe. Il s'agit d'une ballade de Brian May, au ton désespéré mais qui se change peu  à peu en un morceau plus ample, à dimension d'un hymne. Freddie Mercury chante les paroles d'une façon très inspirée qui nous rappelle ses facilités indéniables. Le morceau est plutôt classique pour Queen et il obtiendra un succès notable. Il sera également un morceau de choix lors des concerts du groupe de par sa dimension universelle, ceci malgré un thème pourtant assez tragique.

  Alors ? Est-ce qu'il fallait en faire tout un plat ? Oui il y a bien des synthétiseurs dans The Game et pas des plus discrets, et oui il y a aussi de la moustache. En fait, plus que l'introduction du synthétiseur, The Game est marqué par l'entrée du groupe dans une nouvelle phase. Queen abandonne ici peu à peu le hard-rock pour prendre une direction nettement plus pop. La base de fans du début se sentira trahie, l'album n'a plus rien à voir avec les envolées lyriques d'antan. The Game est cependant l'album le mieux vendu du groupe aux Etats-Unis et c'est par lui que Queen prendra la dimension mondiale qu'on lui connait et c'est par lui qu'il acquierera une toute nouvelle base de fans. Le résultat est mitigé, certains morceaux sont de pures réussites, Another One Bites the Dust en est la plus belle illustration, tandis que d'autres ont peine à émerger surtout selon les standards habituels du groupe. Il était évident que pour obtenir cette nouvelle dimension populaire, le groupe aurait à faire certaines concessions, certains ne les pardonneront pas (moustache y comprise), mais il aura également pris quelques risques, avec succès, les résultats le prouvent. The Game est donc une réussite pour le groupe, il obtiendra d'ailleurs un accueil assez chaleureux à sa sortie, ses morceaux de bravoure font en effet largement oublier ses maladresses inévitables de toutes façons lorsqu'un groupe décide aussi nettement d'effectuer un virage dans son orientation musicale.

Master Marathon Queen-Jazz 1978




      Depuis son premier album, Queen a évolué, le style du groupe s'est peu à peu affirmé jusqu'à exploser au grand jour dans un déluge baroque puis s'est canalisé au tournant de 1977, s'adaptant à de nouveaux codes pour gagner en accessibilité, ce avec plus ou moins de bonheur. Le titre de l'album qui paraît ce mois d'octobre 1978 est trompeur, en effet, Jazz est l'un des albums les plus rock du groupe.

                                                                                    Jazz.

   Jazz est un album de transition pour le groupe, il sera la dernière vraie oeuvre flamboyante et chamarée du groupe avant longtemps. Il est également à mi chemin entre les deux succès commerciaux que sont News of the World et The Game, ne comporte pas non plus de morceaux aussi emblématiques que ses prédécesseurs et successeurs et sa pochette est plus minimaliste que jamais. Pourtant, tous ces aspects ne font pas de Jazz un album mineur, bien au contraire.

  Mustapha sert d'introduction à l'album, il s'agit d'un rock aux tonalités venues d'un Orient de pacotille. Peut-être est-ce là un rappel humoristique des origines parsis de Freddie Mercury, toujours est-il qu'il est inutile de chercher à traduire les paroles qui sont pour la plupart faites d'un amalgame d'arabe approximatif et de simple yahourt. Le morceau n'en est pas moins entrainant et efficace, marque par des guitares incisives de Brian May en grande forme sur tout l'album.
   Fat Bottomed Girls vient nous le prouver, la chanson pleine d'humour de Brian May est une évocation inatendue de son amour pour les grosses fesses, ni plus ni moins. Le morceau en soi est un heavy-blues à la rythmique très appuyée par un Roger Taylor qui, lui aussi, semble très en forme sur cet album. Original dans le fond comme dans la forme, le morceau à l'ambiance exagérément macho est très attachant et Freddie Mercury s'en donne à coeur joie dans la narration de cette histoire d'amour universel pour les fesses volumineuses et leur propriétaires.
   Jealousy vient calmer les ardeurs avec son ton nettement plus intimiste. Il s'agit d'une ballade douce amère de Freddy Mercury accompagné par Brian May qui a bricolé pour l'occasion sa guitare red-special à l'aide de cordes à piano afin de lui donner un son proche du sitar. Cette chanson rappelle les premières heures du groupe par son maniérisme délicat.
  Bicycle Race nous ramène cependant à des considérations plus terre à terre. La chanson à la forme d'un dialogue où Freddie Mercury répond au choeur avec un phrasé plus parlé que chanté. C'est un morceau assez étrange dans sa structure plutôt originale dans le paysage musical du groupe. Il est amusant d'y remarquer de nombreuses références culturelles de l'époque comme "Jaws" ou le récent "Star Wars". Faisant preuve d'un engagement rare, Freddie Mercury oppose à toutes les stimulations évoquées dans la chanson son unique passion pour le cyclisme ! Attention, il y a peut-être une allusion sexuelle là-dessous, d'autant que les Fat Bottomed Girls y réapparaissent comme par magie, y compris dans le clip vidéo qui sera tourné pour promouvoir ce single au grand desarroi des loueurs de vélos qui exigeront un dédommagement pour remplacer toutes les selles. (Ah ai-je oublié de mentionner que le clip mettait en scène des dizaines de jeunes femmes nues sur des bicyclettes ?) Le morceau est marqué par son passage à la sonnette de vélo qui précède le pont instrumental mené par un Brian May, qui comme souvent est à fond sur la pédale. (votre zombie va boire un verre d'eau et revient en meilleure forme).
  If You Can't Beat Them est un morceau de John Deacon toujours assez à l'aise dans ce genre d'exercice rythmé et légèrement funky. La chanson est plutôt positive est enjouée, elle porte également quelques uns des germes d'un Another One Bites the Dust à venir même si les ajustements ne sont pas tout à fait au point. A noter que le solo de Brian May est l'un des plus longs de la carrière du groupe.
   Let Me Entertain You est l'un des grands moments de l'album dont il donne tout à fait le ton et l'ambiance. Freddie Mercury y apparaît en meneur de revue (en cuir), énumérant toutes les exubérances que le groupe propose à ses fans pour les satisfaire, y compris chanter en japonais comme dans le Teo Torriate de A Day at the Races. Le morceau est marqué par une rythmique puissante et un riff de guitare imparable et aggressif. Brian May se lache particulièrement tout au long de cet album, se montrant plus audacieux et spontanné semble-t-il que sur certains solos trop sages de ses précédentes composition. Nous assistons donc à un morceau de cabaret hard-rock exécuté avec talent et conviction. Le morceau trouvera une place idéale lors des concerts du groupe, s'adaptant de façon on ne peut plus cohérente à l'exercice du live. Si le morceau exprime à lui seul l'ambition de cet album, nous n'avons pas encore tout entendu.
   Dead On Time redouble d'aggressivité pour la suite des événements. Brian May prouve qu'il peut faire de réelles prouesses dans un style proche du thrash-metal dont le nom n'existe même pas encore. Le riff de cette chanson est déconcertant de virtuosité et d'efficacité et Freddie Mercury n'est pas en reste lorsqu'il déclame à un rythme des plus soutenus les paroles venimeuses de cette chanson. La rythmique n'est pas laissée pour compte, John Deacon suit de près un Roger Taylor à la batterie plus en forme que jamais, s'acquittant bien plus qu' honnorablement du duel auquel le guitariste le convie. Le batteur brille réellement sur ce titre. Le groupe entier semble être gagné par une frénésie qu'il ne retrouvera jamais sur aucun autre titre du groupe. Le solo de guitare intègre quelques éléments du riff du lointain Keep Yourself Alive peu avant que le titre lui même ne soit cité par les paroles. Il ne faudra ni plus ni moins que le tonnerre lui même (crédité au nom de dieu dans les notes de l'album) pour stopper cette furieuse machine.
  In Only Seven Days vient pourtant faire retomber le soufflet. Peut-être pas très heureusement, car même si les paroles de John Deacon qui est l'auteur de cette chanson, sont plutôt ingénieuses, elles n'en sont pas moins relativement mièvres. L'album nous avait un peu échaudé jusqu'à maintenant et cette chanson est une touche de fraîcheur qui arrive hélàs un peu trop tôt. Freddie Mercury y chante joliement accompagné majoritairement par une guitare accoustique, un piano et une basse et une batterie discrète. Décrivant un chagrin d'amour après les vacances, ce morceau semble malheureusement peu à sa place malgré sa qualité certaine.
   Dreamer's Ball de Brian May poursuit néanmoins dans cette direction apaisée, apportant sa part d'originalité. La chanson est un blues majoritairement accoustique soutenu par la guitare plaintive de Brian May. Freddie Mercury s'y pose en chanteur(se ?) de bar enfumé de La Nouvelle Orléans. Les choeurs y sont particulièrement bien orchestrés, ajoutant une ampleur et une chaleur toute particulière à ce morceau. Il s'agit d'une chanson d'amour désespérée dans laquelle l'amoureux au supplice espère retrouver l'être aimé dans ses rêves, ne pouvant l'atteindre dans la triste réalité. Ce morceau dénote par son ton de blues désuet, mais il s'inscrit dans les toutes meilleures réussites du groupe par sa sincérité et le plaisir non dissimulé du groupe à l'interprèter. Lors des concerts, il se changera en un moment de complicité entre le groupe et son public.
  Fun It est un morceau assez typique de Roger Taylor à cette époque. Rythmée et à tendance disco sur les bords, la chanson est partagée entre le batteur et Freddie Mercury qui chantent chacun leur tour. Encore une fois, les germes de Another One Bites the Dust sont présentes, mais pas encore développés d'une façon qui puisse réellement marquer les esprits.
   Leaving Home Ain't Easy est une composition de Brian May. La chanson est une ballade mélancolique toute en retenue interprétée par Brian May lui même avec un peu d'aide des choeurs. L'atmosphère du morceau est teintée d'amertume autant que de determination, les paroles évoquant le départ du foyer familial. Le guitariste est particulièrement inspiré sur ce morceau pourtant peu ambitieux, sa voix convient parfaitement au sentiment qu'il souhaite faire passer dans sa chanson, l'atmosphère intimiste qu'il y crée fait de cette chanson l'une de ses plus belles réussites du genre.
  Don't Stop Me Now ajoute un nouvel hymne pour les concerts du groupe. Freddie Mercury plus motivé que jamais commence au piano un morceau des plus entrainants et un des plus gros succès du groupe. Sans laisser retomber la pression une seconde, il déclame sa détermination contagieuse à profiter un maximum des plaisirs de la vie. La chanson reprend bon nombre d'ingrédient typiques du groupe, avec bonheur, le piano fièvreux de Mercury, les harmonies vocales à trois voix caractéristiques et un solo efficace. C'est ce morceau qui conclut au mieux l'album, résumant les ambitions festives du groupe, et donnant un aperçu fidèle de l'ambiance générale du reste du disque.
  More of That Jazz vient pourtant contredire ce fait, il s'agit en effet de la véritable conclusion de l'album, qui aurait peut-être mieux fait de s'arrêter là. Roger Taylor peine à nous faire oublier l'euphorie du morceau précédent avec son ton exagérément sombre et concerné. La rythmique y est comme souvent lorsqu'il s'agit des compositions du batteur soutenue et très marquée, aggrémentée par des touches très hard-rock de Brian May. La chose ne prend pas vraiment son envol et ce n'est pas le pot-pourri final regroupant des extraits des morceaux précédents qui viendra améliorer le résultat, au contraire, cela ne fait que renforcer l'idée que cette composition leur est nettement inférieure par comparaison directe. L'avantage est que cela nous donne l'envie de réécouter le reste de l'album.




  Jazz n'est pas l'album le plus célèbre du groupe, ce n'est pas non plus celui qui aura le plus grand succès critique (à l'époque du moins, il sera plutôt descendu en flèche) ni commercial de Queen. Pourtant, c'est assurément l'une de ses plus grandes réussites. Chacun des membres du groupe s'y montre au meilleur de sa forme, dominé par le duo May/Mercury qui rivalise de créativité et de motivation pour des résultats plus que concluants. Le morceau Dead On Time illustre bien cette complicité et cette compétitivité entre les membres du groupe qui ne ménagent pas leurs efforts pour nous démontrer de quel bois ils se chauffent. Si quelques compositions mineures parsèment l'album, elles ne sont jamais vraiment désagréables et ne font au pire que mettre en valeur les morceaux les plus ambitieux . En s'écartant du style parfois un peu dépouillé de l'album précédent, en embrassant le rock le plus lourd que le groupe ait jamais joué, Jazz renoue avec ce qui fait l'identité musicale du groupe tout en apportant quelques indices quant à son évolution à venir.


  Important :  Personne ne joue de synthétiseur sur cet album pas plus que Freddie Mercury ne porte de moustache...pourtant...

20120203

Master Marathon Queen-News of the World 1977


 Après les extravangances de A Night at the Opera et de sa suite A Day at the Races, Queen est désormais un groupe à succès. Il se trouve cependant confronté à deux problèmes : D'abord, succèder aux deux oeuvres précédentes ne va pas être sans difficulté, le groupe semble avoir grillé toutes ses munitions dans une démonstration impressionnante de son talent. Ensuite, 1977 sonne le glas de bon nombre de groupes hard-rock des années 70, le punk vient d'exploser en Angleterre, et il n'est pas facile pour les groupes chevelus et amateurs de solos à rallonge de conserver un minimum de crédibilité. Comment le groupe parviendra-t-il à se renouveler tout en survivant à la déferlante punk qui s'abat alors dans le monde musical ? News of the World est la réponse de Queen à cette question. Reste encore à voir si elle est pertinente.


                            News of the World.


   Pour bien mesurer l'enjeu de cet album et revenir sur l'importance de l'année 1977 dans le paysage musical, il faut se souvenir qu'il s'agit de l'année de l'apogée des Ramones, des débuts des Sex Pistol, des Clash ou de The Damned. La vague punk s'abat sur le monde du rock et Queen, qui n'est pas encore un dinosaure du rock, est quand même assimilé à la vieille garde des années 70. La furie des groupes punks, tout en aggressivité directe est un terrible coup pour un groupe aux mélodies flamboyantes et aux paroles extravagantes. Pour de nombreux groupes, il va falloir trouver rapidement un moyen d'évoluer pour ne pas disparaître. Queen avait enfin acquis un statut honorable au sein du monde du rock, il aurait paru ridicule et opportuniste de tenter de s'accaparer les nouveaux codes. Ceci ne veut pas dire pour autant qu'il devait les ignorer totalement, au contraire, c'est en ayant conscience du danger, que le groupe allait pouvoir formuler sa réponse.
   We Will Rock You ouvre l'album. Tout le monde connaît cette chanson. Elle a été un succès total pour le groupe, en termes de ventes de singles, de passages radio et lors des concerts. La chanson ne dure que deux minutes, elle est composée de trois couplets où Freddie Mercury redouble de morgue et harangue les foules sur des paroles de Brian May. Le refrain est proprement inoubliable quant à lui, véritable invitation en concert à scander au rythme aussi basique qu'efficace des percussions de Roger Taylor. Il est curieux de noter qu'il s'agit d'une chanson de Brian May, le guitariste aux solos tarabiscotés et parfois envahissants, car c'est une chanson concise, efficace et maîtrisée. La guitare n'y apparaît qu'en fin de morceau, pour un solo où rien ne déborde, particulièrement réussi. Il n'en faudra pas plus pour faire de cette chanson l'hymne ultime du groupe, un succès en tous points.
   We Are the Champions est le pendant inséparable de la première chanson. Encore une fois, tout le monde connaît cette chanson, on l'a si souvent entendue à la moindre victoire de la moindre équipe sportive qu'on a pu frôler l'indigestion. Toutefois, dépassé ce fait et en mettant de côté la diffusion jusqu'à plus soif de ce morceau depuis sa sortie jusqu'à aujourd'hui, les qualités de la composition sont évidentes. La mélodie alterne entre des couplets où Freddie Mercury joue la tension contenue accompagné par un simple piano et des refrains épiques et triomphants (au sens propre) portés par les choeurs démultipliés du groupe. La chanson n'aurait pas dépareillé sur A Day at the Races, son refrain avec choeurs rappelle assez des morceaux comme Somebody to Love par son ampleur. Il est inutile de rappeler que ce sera un nouveau succès retentissant.
  A ce point, en deux chansons, il paraît évident que le groupe s'en tire à merveille dans sa volonté de dépasser le diptyque A Night/A Day ainsi que dans sa volonté de ne pas se laisser abattre par ce mouvement de mutation totale du rock.
   Sheer Heart Attack serait un titre rescapé de l'album homonyme. Il s'agit d'un morceau assez bref, composition de Roger Taylor à l'energie évidente. Basique et nerveuse, la guitare reprend à son compte les codes du punk, le riff (la guitare rythmique est jouée par Roger Taylor) est sans détour et plutôt efficace. Seulement, il se trouve encombré d'effets spéciaux de Brian May qui n'apportent rien si ce n'est un sentiment d'artificialité. On peut se réjouir que le groupe n'ait pas plus tenté d'incursion dans ce domaine musical où il ne parait pas tout à fait à l'aise.
   All Dead, All Dead est une nouvelle composition de Brian May, c'est d'ailleurs lui qui chante, largement soutenu par la basse de John Deacon dans une ballade légèrement pessimiste. C'est un morceau tout en retenue, à la mélodie raffinée, ce qui une fois de plus peut être surprenant de la part du guitariste si on a oublié les jolis morceaux qu'étaient '39 ou Long Away. Le morceau n'est pas des plus mémorables mais il reste tout à fait agréable.
  Spread Your Wings est quant à lui un morceau de John Deacon, chanté par Freddie Mercury, il connaîtra un succès indéniable. Là encore il s'agit d'une ballade à la mélancolie peu à peu changée en détermination résolue. La voix du chanteur n'y est étrangement pas soutenue par les harmonies traditionnelles à trois voix, ce qui lui donne un ton plus personnel et direct qu'à l'accoutumée sur ce genre de morceau à volonté fédératrice et ample.
   Fight From the Inside est une chanson de Roger Taylor assez représentative de ses compositions à partir de cette époque. Le morceau est marqué par un rythme lourd cher au batteur qui chante de sa voix caractéritique un peu forcée. La basse y est rugissante et prépondérante, présageant quelque part les morceaux de The Game (et Another One Bites the Dust). Les refrains sont entrainants mais les couplets relativement pénibles avec ses "Hey you boy" très appuyés.
   Get Down Make Love, composition de Freddie Mercury est chargée d'énergie sexuelle clairement annoncée par son titre. Le morceau s'ouvre sur une basse au son plus synthétique que jamais alors que le chanteur nous exhorte donc de lui obéir. Dans sa première partie le son est fort minimaliste, répétitif et un peu déroutant, surtout de la part d'un groupe amateur de fioritures. L'effet We Will Rock You ne fonctionne pourtant pas ici, le morceau obtiendra un certain succès, accèdant même à un statut culte pour certains (la reprise de Nine Inch Nails en est une preuve), mais il dénote dans l'univers du groupe. Le souci arrive un peu plus tard dans le morceau, Brian May n'en peut plus de se contenir (sans doute échaudé par les propositions appuyées du chanteur) et lâche la purée d'effets spéciaux ! Tout y est, réverbération, multi-pistes (plus les échos de voix), bruitages laser et autres bizarreries qui constituent un pont instrumental pas très digeste, dans l'esprit du break de The Prophet's Song mais en bien moins réussi.
   Sleeping on the Sidewalk est un peu à l'opposé. C'est Brian May pourtant qui en est l'auteur et l'interprète sur le thème de la réussite d'un jeune trompettiste de jazz parti littéralement du caniveau. Peut-être que ce morceau aurait eu une place plus judicieuse sur l'album suivant, Jazz, de par son ambiance décalée et bluesy. Sincère, cette chanson est très agréable et laisse transparaître le plaisir du groupe à l'interpréter. A noter que Freddie Mercury n'est étrangement pas de la partie. Ce n'est certes pas le morceau incontournable de Queen mais il est une bouffée d'air frais après deux titres un peu lourds.
   Freddy Mercury est de retour avec Who Needs You, morceau qui a depuis longtemps acquis la sympathie toute particulière de votre zombie. La chanson est l'oeuvre de John Deacon, d'inspiration latino, avec un Brian May à la guitare classique. C'est de nouveau une chanson légère aux paroles douces amères portée par un Freddie Mercury au chant virevoltant et affecté qui manquait un peu au reste de l'album. Plutôt atypique, même dans une discographie aussi hétéroclyte, cette chanson ne restera pas non plus dans les mémoires comme étant le morceau emblématique du groupe. Elle a pourtant un charme indéniable, avec ses maracas, et son "Oh muchacho !" hilarant lors du solo de Brian May.
   It's Late poursuit l'album. C'est à nouveau Brian May qui en est l'auteur, exposant les doutes et les difficultés que traverse un couple dans une ballade un peu musclée sur les bords grâce à un riff assez efficace. La chanson progresse en ampleur à renforts de choeurs et d'envolées de guitare. Cela ne mène toutefois pas très haut, loin derrière des résultats bien plus convainquants ne fut-ce qu'au début de cet album même.
   My Melancholy Blues clôt l'album, elle est une pure création de Freddie Mercury, simple morceau jazzy (plus que bluesy) au piano, la chanson tranche un peu avec les atmosphères lourdes ou synthétiques du reste de l'album. Freddie Mercury y chante à merveille, semblant se complaire dans cette mélancolie qu'il évoque. L'ambiance est tout à fait celle d'une fin de soirée dans un bar enfumé des années 40, à des kilomètres de la mouvance punk de cette année si particulière. Elle nous laisse sur une note d'espoir après quelques morceaux hésitants, laissant quelque part présager des réussites de l'album à venir, dans lequel cette chanson aurait trouvé une place de choix, Jazz.



   Alors, News of the World ? Et bien cet album sera un grand succès commercial pour le groupe qui aurait pu craindre de se faire renverser de son trône par la nouvelle génération bien plus énervée. Ce ne sera pas le succès retentissant sur tous les points des deux albums précédents mais le groupe a tout de même réussi à sauver un peu plus que les meubles. Les deux morceaux d'ouverture assureront à eux seuls le succès mondial de l'album, se posant comme des classiques immédiats de la musique rock du vingtième siècle. Paradoxalement, ce sont aussi ces deux morceaux qui tirent la couverture de ce album un peu bancal, eclipsant totalement d'autres titres plus mineurs malgré quelques qualités indéniables. L'attention portée à ce duo imparable donne un peu l'impression que tous les autres morceaux n'en sont que des faces B plus ou moins agréables. Le fait frappant et important à souligner concernant les titres de News of the World est que Freddie Mercury, d'ordinaire posé en leader du groupe, se trouve en retrait total sur l'album dont il ne signe au final que trois titres. Cette relative absence est sans doute en grande partie responsable de cette impression mitigée qui domine à l'écoute de cet album. Alors oui, le groupe réussit le défi qu'il s'est imposé quant à sa pérennité, mais ce sera au prix d'une bonne partie de sa flamboyance.

Important : personne ne joue (encore) de synthétiseur et Freddie Mercury ne porte pas de moustache.

20120127

Master Marathon Queen-A Day at the Races 1976



    Il n'était pas évident de succèder à A Night at the Opera, pourtant Queen sort en 1976 un album qui se veut sa suite directe. A Day at the Races récupère également son titre chez les Marx Brothers.


                                                     A Day at the Races.

   La couverture est la version négative de son prédecesseur, les armes du groupes y sont légèrement différentes, moins stylisées avec un côté assez art-nouveau. La flamboyance de la nuit à l'opéra semble céder place à quelque chose de plus sombre. En réalité l'album n'a rien d'obscur ou négatif, il est simplement plus initmiste et personnel.
  Tie Your Mother Down ouvre l'album sur une intro volontairement pompeuse puis par un son vibrant et redondant avant de se lancer dans un hard-rock teinté de blues au riff difficilement résistible. La chanson, plutôt directe et aggressive (non sans humour) est de Brian May, mais c'est Freddie Mercury qui déclame ici les intentions peu louables d'un narrateur embarassé par la famille de sa nouvelle conquête. La chanson aura un succès certain, elle sera un point d'orgue des concerts du groupe à l'avenir.
   You Take my Breath Away semble vouloir exprimer tout l'inverse, il s'agit là d'une déclaration extatique, un morceau intimiste où domine le piano. La guitare de May vient se poser sur la fin de la chanson en accompagnant la complainte un peu appuyée de Mercury.
   Long Away est une nouvelle chanson de Brian May accompagné des désormais traditionnels choeurs à trois voix. Elle rappelle ses ballades sur Queen I et II, proche de Some Day One Day par exemple, mais exécutée avec un nouveau savoir-faire. Elle est assez représentative de l'ambiance de cet album, chaleureuse et entrainante.
   Enfin, l'excentricité n'est pas jetée aux oubliettes pour autant, puisque les premières notes de piano de The Millionaire Waltz viennent nous le rappeler. Comme son nom l'indique judicieusement, il s'agit bel et bien d'une valse. Le piano et la guitare y fusionnent agréablement, virevoltant avec aisance tout au long d'un morceau largement porté par un Freddie Mercury passant du rire au larme au gré des rebondissements de l'histoire d'amour qu'il nous conte. On retrouve pas mal d'éléments de Bohemian Rhapsody dans cette chanson, même si le morceau est plus léger.
   You and I conforte cette idée d'album plus intimiste. C'est une ballade de John Deacon, sincère et simple comme il sait souvent le faire. Freddie Mercury en est l'interprète, avec plus de retenue qu'à l'accoutûmée. Les compositions du bassiste peuvent parfois sembler en retrait, à sa propre image, au sein du groupe, elles sont souvent plus conventionnelles a-priori, mais apportent une touche de nuance au milieu de certaines excentricités. Nous verrons par ailleurs qu'il n'en sera pas toujours ainsi à l'évenir puisque le discret bassiste nous offrira certains des plus grands succès du groupe.
   Somebody to Love incarne tout à fait ce mélange d'intimité et d'extravagance qui caractérise l'album. Elle commence comme une chanson douce-amère au piano. A mesure qu'elle progresse, les choeurs font leur entrée, pour faire du morceau un sensationnel gospel égoïste. Cette chanson sera celle qui portera l'album au succès. Au même titre que Bohemian Rhapsody à laquelle elle est souvent comparée, elle est emblématique du groupe, du moins pour cette période, absolument incontournable dans les concerts de l'époque, et, surtout, elle illustre le talent de composition et d'interprétation des Queen. C'est un morceau qui ne s'embarasse pas le moins du monde de modestie mais qui n'oublie pas de garder une dimension humoristique.
   White Man est une chanson embarassante. Formellement il s'agit d'un hard-rock aussi classique qu'efficace, déterminé, teinté de blues et admirablement chanté. Pourquoi embarassant ? Bon, et bien Queen n'a jamais été un groupe engagé, du moins pas vraiment dans ses textes. Ici pourtant Brian May évoque le massacre des Amérindiens par les colons en Amérique du Nord...avec pas mal de naïveté et de maladresse. Le theme est similaire au Run to the Hills de Iron Maiden qui paraîtra six ans plus tard, et s'il est juste, les paroles n'apportent pas vraiment de nouvel éclairage sur le sujet. Ce n'est pas non plus ce qu'on attend de Queen, donner des leçons n'est pas du tout leur domaine, on peut donc facilement pardonner un peu de naïveté, d'autant que mélodiquement le morceau est vraiment réussi. Il reprend des éléments de  The Prophet's Song sur l'album précédent mais ne s'encombre plus d'effets spéciaux inutiles.
   Good Old Fashioned Lover Boy est une composition classique de Freddie Mercury. Empruntant au music-hall qui lui est si cher, il dresse le portrait d'un séducteur aussi motivé que désuet. Il y évoque une galanterie surannée mais très attachante. Le morceau rappelle les Lazing on a Sunday Afternoon, Seaside Rendezvous tout autant que les Beatles (Paul McCartney et son Honey Pie par exemple). C'est une chanson particulièrement réussie, surtout si on aime les haut-de-formes et queues de pie.
  Drowse est une composition de Roger Taylor et c'est le batteur lui même qui en chante les paroles, bien qu'accompagné du choeur. Encore une fois, et avec une forte empreinte de nostalgie, il y évoque l'adolescence, ses colères et ses tristesses, son ambition et ses errances. Ce sujet à beau revenir de façon inquiétante chez le batteur, la chanson n'en reste pas moins assez poignante par sa sincérité.
   Teo Torriatte (Let Us Cling Together) parle d'amour fraternel, dans l'adversité comme dans le temps. C'est une chanson de Brian May qui rend hommage aux fans du groupe, et parmi les plus fidèles, le public japonais ! Le groupe a en effet explosé au Japon de façon fulgurante et avec une démesure propre à ce pays. Pour la peine, Freddie Mercury chante le refrain en Japonais. Les choeurs y sont à nouveau démultipliés pour offrir une conclusion d'ampleur à l'album. La toute fin du morceau consiste en une reprise du son vrillé et oscillant du premier morceau, bouclant ainsi la course.



   Alors oui, donner une suite à A Night at the Opera pouvait semble être une mauvaise idée, la comparaison serait inévitable et on pourrait se demander si le groupe ne cherchait pas simplement à exploiter le succès commercial encore récent de Bohemian Rhapsody. Pourtant ça marche. Ca marche car bien qu'étant une suite, A Day at the Races a sa propre identité et sa propre ambiance. Il est parfois considéré comme la face sombre de son prédecesseur, c'est un peu vrai dans la mesure ou ses compositions sont parfois assez proches des deux premiers albums du groupes où il apparaissait une certaine "fantaisie sombre". A Day at the Races met surtout l'accent sur la part intime de Queen dont les membres semblent se livrer bien plus qu'auparavant au travers de leur textes. En alternant d'une chanson à l'autre entre extravagance et intimité, l'album révèle à demi mots, les coulisses de l'Opéra et c'est en cela qu'il peut trôner sans honte aux côtés de son grand frère.


Important, personne ne joue de synthétiseur sur cet album, et pas de moustache non plus pour Freddie Mercury.

20120124

Master Marathon Queen-A Night at the Opera 1975


Il fallait bien que ce moment arrive, parlons en donc.


                A Night at the Opera.



      Difficile de s'atteler à la tâche consistant à traiter de cet album. Tout semble avoir été dit à son sujet,  l'ambition qui l'animait (il fut à l'époque l'album le plus cher jamais enregistré), le soutien indédit qu'il reçut grâce à l'utilisation de la vidéo pour promouvoir son monstrueux single Bohemian Rhapsody (enfin), l'extravagance de ses compositions, le simple fait de parler de cet album est en soi un exercice classique. Pourtant, votre zombie ne rechigne pas et se lance, n'écoutant que son courage, dans la rédaction de son article.
     Death on Two Legs (Deticated to...) tient lieu d'ouverture. Revanchard et amer, la chanson est une attaque dirigée contre l'ancien manager du groupe même si son nom n'est jamais cité. Le morceau commence par un piano brumeux et inquiétant rapidement couvert par une montée de guitares non moins menaçantes. Sur un mode proche du music-hall, la chanson se poursuit alors, Freddie Mercury couvrant le sujet de la chanson d'insultes fort inventives accompagné par un piano énergique. Le ton malveillant de la chanson est contrebalancé par son humour grinçant et l'élégance formelle du morceau. Celui-ci, comme presque tous les morceaux de l'album, s'enchaîne directement avec le titre suivant.
   Lazing on a Sunday Afternoon nous ramène à l'époque des chanteurs de music-hall des années 20. Le son y est proche de celui d'un gramophone, il aurait été enregistré en faisant passer la piste de voix à travers un casque, placé dans un seau en métal pour créér une illusion de résonnance et de qualité altérée. La voix de Mercury ressort donc comme celle des Comedian Harmonists http://youtu.be/eVfH8li3GpE, complètement désuète et extrêmement manièrée.
  I'm in Love With my Car est totalement différente, la chanson s'enchaîne pourtant parfaitement avec la précédente. Il s'agit d'un hard-rock rugueux, oeuvre de Roger Taylor qui chante ici les amours contrariées d'un homme et de sa voiture. Encore une fois, le batteur joue avec un thème très rock'n'roll et très adolescent, ce qui est loin d'être incompatible. On ne sait guère quel est le degré de dérision dans les paroles tant elle prètent à sourire. 
   You're my Best Friend concerne une relation plus traditionnelle puisqu'elle est la déclaration de John Deacon à sa femme. Comme le bassiste a toujours précisé que sa voix était horrible, il laisse à Freddie Mercury le soin de prèter la sienne à la chanson, accompagné par un orgue electrique au son un peu daté. Il s'agit d'une balade assez fraîche et un peu naïve quoique efficace. La chanson sera d'ailleurs le premier single à succès de John Deacon, classé au top10. Ce ne sera pas son dernier, nous le verrons plus tard.
   '39 est un morceau de skiffle de Brian May. Le skiffle est en fait une sorte de country-folk très populaire dans les années 50 et particulièrement en Angleterre, les futurs Beatles s'y frotteront d'ailleurs. Caractérisé par des instruments bricolés ou bon marché, le genre est ici utilisé par le guitariste pour conter une curieuse histoire de paradoxe temporel et de voyage dans l'espace. Les protagonistes de la chanson s'embarquent en effet pour un voyage spatial qui leur semble durer un an mais dont ils ne reviennent qu'au bout d'une centaine d'années terrestres. Ce thème de science-fiction est un choix tout à fait propre à Brian May, passionné d'astrophysique. Il soutiendra en 2007 sa thèse de doctorat en astrophysique : "Vitesses radiales dans le nuage de poussière zodiacal." Le titre curieux est dû au fait que cette chanson n'est autre que la 39e à figurer sur un album de Queen.
   Sweet Lady est le morceau suivant, il s'agit d'un hard-rock élégant, à la rythmique complexe et évolutive. Le qualificatif "acide" est soouvent employé au cours de ce Master Marathon, cette chanson exprime tout à fait cette idée. Il y a beaucoup d'inventivité dans ce morceau très efficace et attachant qui se termine à un tempo nettement accéléré, proche du rythme de Tie Your Mother Down, grand succès de l'album suivant.
  Seaside Rendezvous arrive ensuite, opérant encore une fois un retour dans le passé. La musique est d'un genre proche du ragtime ou du dixieland très Nouvelle-Orléans. Les cuivres de l'orchestre sont certes joués à la bouche, ils n'en restent pas moins accrocheurs et l'emploi de multiples expression françaises plus ou moins appropriées ("C'est la vie Madame et Messieurs !") conforte cette ambiance de bastringue. Les paroles sont volontairement désuettes, au vocabulaire soigneusement choisi pour sonner "old fashioned" (ah oui...). La voix de Mercury cabotine dans les aigus avec délices. Ce morceau très réussi prouve que le groupe a décidé d'assumer pleinement ses choix et prend plaisir à nous offrir des pièces bien éloignées de ce qu'on attend d'un groupe prétendument hard-rock.
   The Prophet's Song est une chanson de Brian May, il en chante d'ailleurs l'introduction. C'est le morceau le plus long que le groupe publiera sur un album. Il se compose de plusieurs parties distinctes qui s'articulent dans une ambiance de déluge. Le chant de Mercury y est celui d'un prédicateur plutôt halluciné, du genre qui a la bave aux lèvres et rappelle encore un peu les morceaux aggressifs et arrogants des premiers albums. Cette chanson marquera surtout par l'usage limite abusif des multi-pistes. Le chant de Freddie Mercury, puis des choeurs composé des trois membres, est démultiplié pour créer un effet hypnotique de réverbération. Cette partie ne semble pas en finir et on a un peu l'impression que le groupe vient de découvrir un nouvel effet, exploité jusqu'à la limite du supportable. Peut-être que cela était impressionnant au moment de la sortie, de nos jours cette surenchère prète un peu à sourire. Néanmoins, et avec culot, Brian May nous balance, dés les effets spéciaux terminés, un de ses tous meilleurs solos !
  Love of My Life est le calme après la tempête, littéralement. Chantée par un Freddie Mercury extatique sur une guitare sèche et une harpe de Brian May, la chanson s'adresse autant à la compagne (oui) du chanteur, qu'à ses fans. Elle sera toujours un grand moments des concerts du groupe, transformée en duo entre le chanteur et le public qui finira par en chanter la majorité des paroles. Si d'autres chansons du groupe raillent parfois la mièvrerie des rapports amoureux, ici la sincérité est de mise avec une délicatesse indéniable.
   Good Company est un autre morceau de type skiffle, dominé par le ukulele-banjo de Brian May. Avec ironie, il chante les mésaventures d'un homme pourtant averti par son père des dangers de l'existence, et qui finit par commettre les mêmes erreurs que son aïeul, terminant comme lui à fumer la pipe avec des enfants sur les genoux, amer et désabusé.  Malgré toutes ses qualités réelles, le morceau souffre d'un grave défaut, il se trouve juste avant celui qui a dévoré petit à petit tout le reste de l'album par sa gandiloquence et son succès aussi inatendu que total.
    
   Bohemian Rhapsody. Ce titre pourrait résumer l'album autant que la carrière du groupe. A sa création seul Freddie Mercury semblait le défendre corps et âme car une telle exentricité laissait pas mal de monde perplexe, membres du groupe compris. A présent qu'en reste-t-il ? 5'51. Trop long pour en faire un single, et pourtant ! Le morceau commence par une intro a-capella, brumeuse et onirique, Freddie Mercury chante ses malheurs, en alternance avec une assemblée constituée de sa propre voix et de celles de May et Taylor, multipliées en un choeur nettement mieux rendu que sur The Prophet's Song. Arrivent ensuite le piano puis la basse. Freddie Mercury alterne entre suppliques éplorées à sa Mama et determination inflexible quant à sa volonté de faire face à la réalité. Au comble de sa peine, il avoue son souhait de ne jamais être né et, semblant ne plus en pouvoir, cède sa place à un solo ciselé de Brian May. Emplie de mélancolie, cette partie pousse volontairement le pathos, décrivant un déchirement total, une sorte de peine adolescente dans son expression la plus criante, pour mieux nous mener à la suite : l'opéra ! La surprise pour celui qui n'a jamais entendu la chanson est totale (en reste-t-il seulement ?), la guitare se tait et fait place à un majestueux piano. Le choeur revient, mais cette fois il dialogue avec le narrateur, l'oppressant lorsqu'il veut fuir, l'accablant lorsqu'il se défend, se riant de lui dans un éclat de "gallileo" et de "bismillah" inopinés. Belzebuth s'invite même aux accusateurs pour peser encore dans le procès qui est fait au personnage de la chanson. Les interventions du choeur sont empruntées au folklore de l'opéra, extravagantes et teintées d'un italien de pacotille. Malgré tout l'humour présent dans cette partie, elle est executée avec une rigueur millimètrée. Freddie Mercury a travaillée sur ces 1'15 environ pendant des semaines entières, remaniant les arragements, ajoutant des "mama mia", coupant de la bande à la taille d'autant de confettis qu'il estimait nécessaire à l'élaboration de son oeuvre et ruinant la patience des ingénieurs du son et des autres membres du groupe. S'enchaîne ensuite une nouvelle partie, un hard-rock colérique et sans concession. L'heure n'est plus à la pleurnicherie ni au simagrées, la mélancolie s'est muée en pure résolution, le narrateur n'a plus peur du conflit et le fait savoir. Combien de personnes dans le monde oscillera violemment de la tête en écoutant ce passage ? Si des études statistiques sur la relation entre écoute de Bohemian Rhapsody et douleurs cervicales étaient publiées, les résultats devraient en être édifiants ! La colère s'atténue pourtant bien vite, cèdant la place à un apaisement et à une sérénité retrouvée. La voix de Mercury redevient délicate jusqu'au murmure et au gong final.
  L'impact de cette chanson sera décisif, elle deviendra très vite et pour longtemps un classique ultime, non seulement du groupe mais aussi du rock dans son ensemble. Elle sera régulièrement citée comme meilleure chanson de tous les temps dans de nombreux classements en concurence avec des A Day in the Life des Beatles, des Stairway to Heaven de Led Zeppelin ou des Freebird de Lynyrd Skynyrd. Elle fait de Queen un groupe majeur avec lequel il faudra désormais compter. Elle sera aussi malheureusement un piège, le groupe peinant à réitérer un tel exploit, si bien commercial qu'artistique.
   God Save the Queen, l'hymne de la Grande-Bretagne conclut l'album. Difficile d'imaginer plus forte conclusion que Bohemian Rhapsody, il fallait au moins ça pour terminer dignement. Brian May l'interprète à l'aide de sa Red Special, sa guitare bricolée, accompagné par la batterie puissante de Roger Taylor. C'est une conclusion arrogante, ironique, majestueuse et décalée, à l'image de l'album.

  A Night at the Opera est l'album qui consacrera Queen comme un groupe incontournable. Les compositions sont travaillées à l'extrême et parfois même au-delà mais conservent toujours une part importante de sincérité et d'humour. Revenant constamment dans les classements type "Quel album emmeneriez-vous sur une île déserte ?" (une île déserte avec l'electricité et un équipement adéquat), il est urgent de le découvrir dans son intégralité, sa chanson phare Bohemian Rhapsody ne devant pas éclipser ses nombreux autres trésors. Le groupe a déjà exprimé son originalité et sa créativité sur Sheer Heart Attack, il confirme ici les espoirs (ou les réticences) qu'avaient soulevé ses précédents travaux. La suite en deviendra dés lors périlleuse, le groupe tentera de se porter chance en choisissant de nouveau, pour l'album suivant, un titre de film des Marx Brothers.


   Important : Personne ne joue de synthétiseur sur cet album, et Freddie Mercury ne porte pas de moustache.

20120123

Master Marathon Queen-Sheer Heart Attack 1974



L'année 1974 nous procure le troisième album de Queen, au titre flamboyant :


                          Sheer Heart Attack.


    L'album parait en 1974 et la couverture nous offre un spectacle inoubliable : les quatre membres du groupe y apparaissent luisants de sueur, entremêlés et pour certains à peine vêtus. N'est-ce pas d'un goût tout à fait exquis ? Néanmoins, il faut se méfier de cette image d'une esthétique discutable car il se peut bien que cet album soit parmi les plus réussis du groupe et même un excellent album de rock tout court !

   Brighton Rock ouvre les hostilités, son ambiance est celle des fêtes foraines qui peuplent les jetées anglaises dés les beaux jours venus. La chanson commence avec la musique de manèges, d'éclats de rire et de bruits de fête pour partir sur un riff de guitare digne de montagnes russes, plein de montées vertigineuses et de descentes brutales. Freddie Mercury n'est pas en reste puisqu'il passe en un clin d'oeil d'une voix de fausset qui vous vrille les tympans à un ton nettement plus viril, incarnant tour à tour les deux amoureux échaudés de la chanson. Un solo brillant occupe le milieu de la chanson, nous faisant trépigner d'impatience lorsque s'annonce le retour tonitruant du chanteur pour la conclusion ironique et acide de ce flirt d'un jour.

   Killer Queen déboule sans prévenir, Brighton Rock résonne encore que les claquements de doigts caractéristiques de ce morceau annoncent la couleur. Toute en retenue et avec une réelle virtuosité, Freddie Mercury nous dresse le portrait d'une prostituée de luxe (est-ce bien une femme d'ailleurs ?). Cette chanson sera le premier morceau du groupe à se classer si haut (2e) dans les charts anglais. Le piano retro et affecté  de Freddie Mercury, accompagné des fameuses guitares acidulées de Brian May, donnent à ce morceau une efficacité imparable. A l'image de cet album, c'est une chanson décalée et intelligente, raffinée et bien écrite. Queen se montrera rarement aussi subtil à l'avenir.

   Tenement Funster est un morceau de Roger Taylor (fini le Meddows si classe), il chante sur un theme qui lui est cher. Comme The Loser in the End de Queen II, il y parle de révolte adolescente et de chaussures ! Le morceau est un pur rock'n'roll plutôt inspiré, peut-être le plus réussi du batteur qui n'aura pas toujours autant d'inspiration. Le rythme est très accrocheur et donne envie de jouer de la guitare (même mal) pour faire chier les voisins. Difficile de résister au refrain soutenu par une batterie plus puissante que jamais. Bon, Queen cache mal ici son admiration pour Led Zeppelin, mais il faut reconnaître que ça en vaut la peine.

   Flick of the Wrist fait penser aux premiers morceaux du groupe, aggressif et arrogant comme pouvaient l'être The March of the Black Queen ou Great King Rat sur les prédécesseurs de l'album. On y parle de castrer sa dignité humaine ou de disloquer ses vertèbres. Le chant de Freddie Mercury est presque méconnaissable lors des couplets, plus rocailleux et grave que d'ordinaire, conférant à la chanson un ton malsain plutôt rare chez le groupe.
  Mais soufflez à présent car Lily of the Valley vient apporter une bouffée d'air frais à l'album. La chanson est brève, constitué majoritairement de la voix de Mercury sur un simple piano accompagné par vagues des fameux choeurs à trois voix. Délicat, léger et un peu mélancolique, le contraste avec la chanson précédente est sciemment élaboré.
  Now I'm Here est un morceau très populaire du groupe et il sera le plus joué lors de leur concerts, durant toute leur carrière. Il consiste en un riff très simple décliné en de multiples réverbérations sur lequel se pose la voix démultipliée de Freddie Mercury, un hard rock plutôt classique et efficace aux tonalités proches des hymnes rock que composeront plus tard les membres du groupe. La chanson a un certain charme intemporel, ceci explique peut-être que le groupe ne semblera pas s'en lasser à l'avenir.
   In the Lap of the Gods est un étrange morceau, surtout après celui qui vient de s'achever. Freddie Mercury le considérait comme l'ancêtre de Bohemian Rhapsody (oui, nous parlerons un jour de cette chanson, bientôt) et il est vrai qu'elle partage son incongruité. La voix du chanteur y est encore une fois plus grave qu'à l'accoutumée, déformée et étrangement ralentie, comme filtrant à travers une brume épaisse. Elle filera bien vite dans les aigus, escortée par les cris perçants d'un Roger Taylor motivé, mais conservant sa teinte iréelle, franchement bizarre.
   Stone Cold Crazy explose ensuite. Franchement, et en toute honnêteté cet album nous a déjà donné à entendre pas mal de choses différentes, mais il parvient encore à nous surprendre dés les premières notes de ce morceau. Ni plus ni moins qu'un rock échevelé, très énergique, ancêtre tout à fait reconnu du speed-metal et du thrash-metal, à l'origine avouée de pas mal de vocations (Metallica ou les Guns N' Roses -encore- ne diront pas le contraire) c'est un morceau sans temps mort, d'une durée de 2'14 pas plus, qui nous est offert ici. Le riff de Brian May est irresistible et Freddie Mercury fanfaronne avec un plaisir non dissimulé. Il s'agit par ailleurs du premier morceau attribué à l'ensemble des membres du groupe qui le co-signent.
   Dear Friends apaise les esprits. Il s'agit d'un morceau très court, Freddie Mercury s'y montre à nouveau subtil, sa voix posée sur un piano et accompagnée par des choeurs discrets. C'est un nouveau moment de délicatesse, oui, délicatesse, dans un album de Queen, oui.
   Misfire est une composition de John Deacon, sa première sur un album du groupe. C'est une chanson assez légère et fraîche, aux tonalités soul correspondant à son amour immodéré de la Motown. Elle s'égraine joyeusement et fait preuve d'une originalité certaine, même au sein de cet album qui n'en manque pas.
    Bring Back That Leroy Brown ne nous fera pas mentir quant à cette originalité. Nous avons à faire là à un morceau retro, où le piano, le ukulele-banjo, la contrebasse et la voix aux accents de music-hall nous plongent dans une ambiance tout à fait décalée. Les choeurs y sont désuets, les mots employés également, si bien qu'on croirait la chanson taillée pour les gramophones.
 She Makes Me (Stormtroopers in Stilettos) au titre étrange est une composition de Brian May qui en chante les paroles. Le ton est à la mélancolie, à l'amertume peut-être et la chanson s'achève sur une cacophonie de sons New-Yorkais soutenus par une respiration difficile et forcée.
 In the Lap of the Gods...Revisited conclut avec brio un album foisonnant. La voix de Mercury y est encore une fois parfaitement juste, légèrement affectée mais pas encore grandiloquente, elle donne à ce morceau  l'ampleur qui en fera assez vite un hymne lors des concerts du groupe. Le refrain est irresistible et prélude quelque part les chansons comme We Are The Champions, mais de façon bien plus subtile et poignante. La toute fin de la chanson ressemble à une explosion, sans doute celle du groupe qui franchement ne devait plus en pouvoir de tant d'efforts de créativité sur un même album !


   Ce n'est pas pour rien que Sheer Heart Attack est souvent considéré comme le meilleur du groupe et comme un album incontournable pour qui s'intéresse au rock. Hétéroclite, les morceaux s'y succèdent pourtant sans le moindre heurt, se payant même le luxe de s'enchaîner directement d'un bout à l'autre. Il s'agit du premier vrai succès commercial de Queen, ce qui n'occulte pas une valeur artistique indéniable. Le groupe assume ses choix avec insolence et ça fonctionne à merveille. Il pose également les fondations de quelque chose de plus ambitieux encore...quelque chose qui se passera la nuit et à l'opéra. (Ceci est une subtile transition vous allez voir). En cela il est comparable quelque part à l'album Hunky Dory de David Bowie qui laissait présager le monument qui le suivit, The Rise and Fall of Ziggy Stardust.

Important : Personne ne joue de synthétiseur sur cet album et Freddie Mercury n'a toujours pas de moustache.